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Danse musicalisée et aérienne

Entre hip-hop, contemporain, néoclassique, arts circassiens et martiaux Mourad Merzouki signe une danse en symbiose avec la musique et l’air.


"La Nuit tombe", photo de la série "L'Oeil cacophonique" inspirée de l'univers dada et de Facebook. Aurore Valade


"Epoca" extraite de la série "L'or gris". Aurore Valade

En chiffres, le chorégraphe français aligne à ce jour plus de 31 créations et quelque 4000 dates à travers 70 pays dans le monde. Côté public, 2 millions de fidèles sont magnétisés par son inventivité. Et un éloge du rapport à l’Autre. Qu’il soit en apesanteur ou battu par les vents.


Synchronie

 

Il a signé en 2023 la chorégraphie de The Fairy Queen, un opéra monté dans une version voulue dansée par Paul Agnew au sein des Arts Florissants. Changements de direction fluides, virevoltes fuselées et bras actionnés tels des compas, la danse y prolonge et rehausse la variété d’une partition baroque servant originellement d’épisodes musicaux au Songe d’une nuit d’été de Shakespeare. Et les lignes de corps de rejoindre celles des instruments et du chant.

 

Pour Mourad Merzouki, qui a fait du mélange et de la rencontre avec l’inconnu, l’alpha et l’oméga de son travail artistique, « il existe réellement à partager des liens multiples, polysémiques entre la chorégraphie et ses musiques classiques et baroques. Ceci pour le grand bonheur des publics et des artistes. »

 

Capillarité

 

Dans Phénix, Lucile Boulanger rompue aux formes ornementales fait corps avec son instrument, la viole de gambe, si liée à la reviviscence du baroque. Chez le quatuor dansant composé de deux femmes et autant d’hommes, les techniques dérivées du break, popping et locking infusent la pièce. Au son d’une partition baroque échantillonnée d’électro et de souffles venteux, s’ébroue Folia (2018).

 

Voici un creuset de multiples genres dansés: tarentelle transalpine, corps comme projetés dans un espace interstellaire, contorsions et reptations sinueuses. Distillant un hip-hop tellurique, bondissant et songeur, les corps acrobates arpentent la nuit bleu pétrole en compagnie de l’Ensemble de l’Hostel Dieu. Il rehausse d’effluves arabo-andalouses un solo féminin et une jubilatoire giration évoquant les derviches tourneurs.

 

Sa découverte de la musique classique, son décorum et ses codes remonte à Récital (1998). Art du clin d’œil détourné et de la citation s’y développe par la force d’interprètes hip-hop vêtus en frac et s’adonnant au violon dans un récital classique factice. Mais son vrai transport du hip-hop vers la sensibilité classique se traduit pour Boxe Boxe (2010). Le chorégraphe engage alors le quatuor Debussy passant un répertoire maraudant de Franz Shubert à Philip Glass. Déjà les musiciens sont enchâssés à la chorégraphie évoluant sur des plateaux mobiles.

 

Histoire condansée

 

Mourad Merzouki prend dès 7 ans des cours d’acrobatie tout en suivant des entraînements de karaté et de boxe américaine. A 15 printemps, il découvre l’expressivité multiforme de l’univers hip-hop qui le conduit vers la danse.


L’artiste en devient l’une des figures emblématiques dès les années 90. Son approche chorégraphique fait ainsi son humus du hip-hop dans nombre de ses déclinaisons, des arts circassiens, martiaux, plastiques vidéo auxquels se mêle une musique souvent jouée sur le vif. Il amène la danse urbaine vers la danse contemporaine et néoclassique. En témoigne ce grand écart latéral tenu par une danseuse au cœur de Vertikal que n’aurait pas boudé la danseuse étoile Sylvie Guillem.


Air

 

En Suisse romande, on retiendra les tournées de deux pièces, Vertikal et Zéphyr. La douce électricité gestuelle hip-hop un brin somatique, comme suspendue dans le temps et parfois incroyablement décélérée baigne la pièce Vertikal (2018). Elle recèle une dimension volontiers plasticienne grâce à ses murs d’escalades mobiles qui s’écartent et se rejoignent, Ces derniers permettent une redistribution des corps virtuoses qui viennent s’y suspendre.

 

Une danseuse reliée à un filin fait du vol élastique une partition sensible sur la musique signée Armand Amar aux accents volontiers romantiques de bande-son cinématographique. Commande du Vendée Globe Challenge, Zéphyr puise son inspiration dans le souffle. Celui des tempêtes et marées contrariant l’équilibre la communauté dansante. Qui se meut à contrevent ou fusionne avec ses flux et ressacs.


Bertrand Tappolet


Photos Vertikal et Zéphyr: Laurent Philippe










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