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Echange dansé et coloré

Dernière mise à jour : 17 nov.

L’artiste La Ribot mêle une chorégraphie live à sa retransmission sur nos smartphones. Fragmenté et ironique.

"La Nuit tombe", photo de la série "L'Oeil cacophonique" inspirée de l'univers dada et de Facebook. Aurore Valade
"DIEstinguished". La Ribot. NMO


"Epoca" extraite de la série "L'or gris". Aurore Valade
"DIEstinguished". La Ribot- NMO

D’une création à l’autre, la chorégraphe, interprète, plasticienne et performeuse a patiemment ramifié et enrichi les pièces qui composent une forme d’archive vivante d’elle-même. Dans ce journal mémoriel, DIEstinguished est la 58e Pièce distinguée de la chorégraphe, interprète et plasticienne La Ribot.


Pour illustrer l’esprit de sa dernière création, l’artiste ramène à son discours de réception du prix 2020 de la Biennale de danse de Venise saluant l’ensemble de son œuvre : « J’imagine qu’on pourrait tous être en train de danser sans arrêt... tous à la fois, et en faisant presque la même chose : en nous transformant constamment, en passant par tous types d’expériences ; en partant, par exemple, de nous-mêmes; en nous échangeant les chemises, les pantalons, les bonnets, les chaussures, les serviettes et les robes...»


Mélanges


L’univers de La Ribot se révèle à la fois burlesque et baroque, grave et tragique. Que l’on songe au strip-tease à suspens la voyant retirer une multitude de vêtements (Soccoro ! Gloria !). Pour mémoire, les Piezas distinguidas (Pièces distinguées) se présentent comme des capsules performatives et dansées sous formes de soli à l’origine et plus tard de pièces de groupe.


L’ensemble de ces brèves compositions subvertissent nombre d’archétypes liés au corps et à sa marchandisation. Le tout est servi non sans humour décalé et érotisme diffus. On se souvient ainsi que parmi les premiers souvenirs chorégraphiques de l’artiste figurent les films de Keaton et Chaplin. Il reste d’ailleurs beaucoup de leur mise en boucle d’une même situation corporelle jusqu’à son épuisement.


Fort de 11 interprètes, DIEstinguished est rehaussé par les compositions de l’un des percussionnistes les plus inventifs qui soit, Alexandre Babel. Le musicien tire le meilleur parti des pulsations émanant du corps des danseurs et danseuses.


Tableaux colorés et filmés


La création se révèle peu avare en tableaux vivants aux couleurs pop et chatoyantes. La pièce se déploie ainsi sur une scénographie due à Victor Roy. Celle-ci peut se lire comme un clin d’œil chromatique et rythmique, épuré et graphique à l’abstraction picturale helvétique déclinée au féminin. Singulièrement les raies de peinture à l’œuvre chez une Verena Loewensberg, grande figure de l’Art concret, groupe fondé en 1930 autour de Theo Van Doesburg et future référence pour Wassily Kandinsky et Jean Arp.


Quant à eux, les vêtements colorés comme des aplats de peintures (costumes de La Ribot et Marion Schmid) circulent, s’échangent entre interprètes se choisissant une posture et une attitude, pour commencer, chaque jour. DIEstinguished se veut « une expérience collaborative qui tisse une dramaturgie du " trop " avec la flamboyance propre à La Ribot. Cherchant à ouvrir l’horizon, à repousser les murs fixes du plateau et de la scène, à lier poétiquement les corps aux objets et aux espaces», selon le site de l’artiste. Dans le spectacle, Il y a notamment des extraits du livre Mémoire de la danse de Marta Graham. La chorégraphe et danseuse américaine a brisé certains codes traditionnels et tenté d’inventer un nouvel usage du corps dans la liberté du geste et de sa mémoire.


Le dispositif de vision proposé par cette création peut surprendre. En effet, il combine simultanément la perspective classique en plan large de la pièce se déroulant au plateau. Et sa capture live en vidéo par les interprètes se filmant au smartphone. Leurs images sont retransmises sur les téléphones intelligents du public allumés pendant toute la pièce.


Bertrand Tappolet






#LaRibot #Danse #Piècesdistinguées

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