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Face au vivant

Dernière mise à jour : 3 nov.

Le photographe Matthieu Gafsou aborde le déclin du vivant et les luttes pour maintenir la biodiversité d’un monde abîmé.

"La Nuit tombe", photo de la série "L'Oeil cacophonique" inspirée de l'univers dada et de Facebook. Aurore Valade
Série "Vivants". Matthieu Gafsou


"Epoca" extraite de la série "L'or gris". Aurore Valade
Série "Vivants". Matthieu Gafsou

Au gré de sa dernière série en date, sobrement intitulée Vivants, il y a l’attente comme à la veillée en famille dans une forêt, la nuit.


En couleur, s’affichent les visages apaisés, familiers paisiblement assoupis au coin d’un feu de camp situé dans le hors champ de l’image. Puis un cercle de feu irise les bords le Léman prenant les allures d’une toile fantastique si ce n’est allégorique voire mythologique.


Contrastes

Le travail alterne le journal intime et familial, le photoreportage social, la photographie plasticienne et l’image expérimentale retravaillée à base de pétrole, symbole de l’anthropocène. Si la tonalité inquiète de l’exposition flirte avec le crépusculaire, l’art aurait ici fonction de rendre plus sensible dans le rapport au monde, la dimension rationnelle et implacable des constats dressés notamment par les scientifiques du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) sur le réchauffement climatique.


Dans le noir blanc du photoreportage d’actualités, l’œil découvre les manifestations protestataires de Gilets Jaunes noyés sous les lacrymogènes à Toulouse. Plus loin un sit-in non-violent d’Extinction Rebellion est évacué par la police lausannoise dans une forme de chorégraphie en résistance et en apesanteur. Autant de facettes factuelles qui documentent la révolte et la colère qu’accompagnent sentiment d’impuissance et perte de sens. Aux yeux de Matthieu Gafsou, «les crises sociales et écologiques sont intimement liées aux rapports de dominations actuelles.» Mais ce ne sont pas là les seuls marqueurs de la solastalgie ou éco-anxiété. On songe aussi à d’autres images en noir et blanc évoquant la finitude et la mort.


Libres associations

A travers Vivants, le photographe franco-suisse invite à un voyage en zig-zag aux contours incertains au cœur de réalités et dimensions multiples liées à l’écocide en cours – environnementales, générationnelles, politiques, sociales et esthétiques. D’où l’essai de mettre en œuvre d’une approche par associations favorisant «la narration la plus ouverte possible.» Et L’homme d’images d’ajouter, «le spectateur aurait ici la liberté à partir des quelques indices laissés de façonner sa propre histoire. C’est la mise en réseau de tous ces éléments qui fait émerger une complexité.»


Comme cette série impressionniste apparaît fort éclatée, il y a néanmoins l’essai de développer des affinités chromatiques entre les photographies. A l’images de ces pingouins muséographiés sur fond noir, «le bleu renvoie à une certaine froideur». Le rouge s’affiche dans nombre de milieux naturels notamment. Ainsi sous forme d’interventions dans le paysage. Comme cette eau tirant vers le noir-blanc et artificiellement rougie. On peut y pointer une forme d’archaïsme au ton simple et direct. En témoignent «l’évocation du sang, le travail sur les éléments primaires tel que le feu, l’air et l‘eau.»


Drogue et transhumanisme Le photographe aussi réalisé la série Sacré qui enquête sur l'Église catholique dans une démarche documentaire subjectivée et empreinte de haute rigueur stylistique. Confrontant la nature morte au paysage, magnifiant les marginaux par des portraits flirtant avec le clair-obscur de la peinture, Only God Can Judge Me dévoile la scène de la drogue à Lausanne. «Pour ce sujet d’immersion difficile, Il s’agissait de m’attacher au plus fort et douloureux de l’humain avec une grande pudeur», souligne le photographe.


Sa série la plus connue, H+, aborde sous des angles multiples et des images d’une grande élégance voire étrangeté formelle, le transhumanisme et l’humain aux possibilités augmentées par la technologie. Ici «propagande et business se mêlent à l’information» souligne Matthieu Gafsou. Il rappelle que la plus commune prothèse hightech que l’humanité porte sur elle est le smartphone. L’approche se veut toutefois interrogatrice envers les progrès techniques. Si un proche était paralysé et qu’un exosquelette permettait à cette personne aimée de retrouver sa motricité, le photographe y serait favorable.


Bertrand Tappolet


Site de l'artiste: http://www.gafsou.ch/




#Biodiversité #MatthieuGafsou #Environnement

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