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L’humanité mise en images

Trente photographes prennent le pouls de la condition humaine à travers des images tour à tour documentaires et plasticiennes pour l’exposition collective "Human.Kind".


"La Nuit tombe", photo de la série "L'Oeil cacophonique" inspirée de l'univers dada et de Facebook. Aurore Valade



"Epoca" extraite de la série "L'or gris". Aurore Valade

Comment échapper au registre iconique de la représentation médiatique ou plutôt l’amener ailleurs ? Cette exposition mosaïque embrasse les thèmes traditionnels de l’action humanitaire. Ainsi les guerres (Afghanistan, Yémen, Libye).

Mais aussi les crises climatiques sur un mode de fresque picturale chez le photographe philippin Ezra Acayan documentant une éruption volcanique.



Diversité indienne


Le parcours s’ouvre sur l’étrangeté des corps masques et costumes dus au photographe français Charles Fréger. Parmi ses influences, l’Allemand August Sander, auteur d’un catalogue photo, reflet de la société allemande des années 1930. Extraite d’Aam Ashta, série réalisée en Inde, on relève le portrait d’une divinité hindoue incarnée traditionnellement pour des performances rituelles et sacrées dans les temples, les théâtres et les rues.


Mais elle est ici représentée en pleine nature hors contexte rituel, rompant avec l’iconicité ethnographique et documentaire convenue. « Dans ces mascarades, le jeu est collectif. Or, ma pratique photographique se déroule hors du cadre des festivités. Les personnes portraiturées qui s’adonnent à cette activité par métier avec leurs costumes sont habituées à la performance théâtralisée », nous explique le photographe.


Approche radicalement différente en compagnie du photojournaliste free-lance établi à Calcutta, Subrata Biswas. Il s’intéresse aux thématiques parfois de basse intensité médiatique rattachées aux droits humains, à l’anthropologie socioculturelle et aux bouleversements environnementaux impactant fortement la société indienne. Au gré de sa série passée dans un noir et blanc tirant parfois vers le brun clair Hard Lifes of Shariyas, l’œil détaille un fils exploité par son père afin de rembourser les dettes de l’adulte.


Photo peinture


La photographe et artiste visuelle autodidacte Etinosa Yvonne s’est penchée sur les habitations traditionnelles en terre de communautés africaines au Nigéria. En 2015, elle découvre «la beauté, la créativité et la simplicité de l'architecture africaine traditionnelle. flirtant avec l’ethnographie architecturale, sa série Ode to Mud verse dans une forme de surréalisme coloré et vaporeux.

Chaque habitat est immortalisé comme un monde flottant, irréel et baigné d’une brume colorée. La réalisation croise à la fois un univers pop, le statut de case immémoriale élevée au rang d’objet précieux et le fantastique cher au manga animé privilégiant les mondes en apesanteur.


La photographe égyptienne Nermine Hammam (Unfolding) présente des  colorisées façon archives documentaires de la répression des manifestations Place Tahrir en Egypte au sein de motifs d’arrière-plan japonisants représentant un monde idéal et paradisiaque. D’où, au cœur d’une tapisserie métamorphosée digitalement, l’impression de silhouettes découpées se détachant de ce que fut l’utopie idéelle d’une Révolution depuis asservie et confisquée par l’armée.


Son dispositif s’inspire donc de paysages nippons stylisés des 17e et 18e s. pour y incorporer des images citoyennes de répression largement diffusées par les médias. «Dans ce travail, je m'interroge sur notre capacité à nous aveugler face à la violence grâce à la distance et à la perspective», relève la femme d’images.


Skate anticolonial


La photographe brésilienne Luisa Dörr a suivi un collectif de skateuses repéré sur Instagram en Bolivie et évoluant dans une perspective décolonisatrice. Sa série Imilla (jeune fille en langue indigène Quechua) arborent fièrement les jupes que leurs ancêtres étaient contraintes de porter sous la Conquista espagnole du 16e siècle. On retrouve donc Deysi Tacuri Lopez, Daniela Santiváñez et leurs amies virevoltant dans ces polleras, des jupes colorées et superposées par les femmes autochtones Aymara et Quechua de Bolivie, et partant les grands-mères de ces skateuses.


 Ceci dans un geste de passation entre générations aussi fort que poignant. Les instantanés sont dominés par le teintes colorées et blanches des habits. Du marché aux vêtements à une route plantée d’arbres majestueux et faisant peinture d’histoire. Ces sportives mettent en lumière les persécutions des peuples aymara et quechua, groupes ethniques majoritaires en Bolivie.


Bertrand Tappolet


Photos haut: Ezra Acayan. l'île de Luçon aux Philippines. Photo bas: Luisa Dörr. Série Imilla 







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