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L’Iran, de Los Angeles à Téhéran

Hannah Darabi interroge les cultures visuelles de son pays. Au sein de la diaspora iranienne à Los Angeles et à Téhéran jusque dans sa difficulté à représenter la ville. Impressionniste.

"La Nuit tombe", photo de la série "L'Oeil cacophonique" inspirée de l'univers dada et de Facebook. Aurore Valade
Hannah Darabi "Vision of Persian Square".


"Epoca" extraite de la série "L'or gris". Aurore Valade
Hannah Darabi "Vision of Persian Square".

Artiste photographe et chercheuse iranienne établie à Paris depuis 2007, Hannah Darabi s’essaye à révéler sur un jour inattendu des situations politiques et sociales compliquées en partant de son pays d’origine et de ses représentations. Son œuvre fait entrer en dialogue les photographies de paysages urbains aux tonalités pastel sous une intense lumière zénithale et portraits avec textes, iconographies d’archives, pochettes de cassettes pop, captures d’écrans de clips musicaux des années 80 et 90 ou objets.

Il y a deux séries.


Croisement


La plus connue de par sa récente exposition aux Rencontres d’Arles de la photographie est Soleil of Persian Square, portrait palimpseste en paysages urbains pistant les traces discrètes des inscriptions en langue farsi de la diaspora iranienne à Los Angeles. Le Persian Square est un lieu de passage au croisement de Wilkins Avenue et Westwood Boulevard. Le changement de régime en 1979 a suscité une grande vague d’émigration iranienne en Europe et aux Etats-Unis. Darabi nous fait redécouvrir cette culture exilée, marquée par la fétichisation, le désir nostalgique, l'ambivalence et l'hybridité.


Par la culture visuelle liée à l’identité iranienne, l’artiste amène un regard plus complexe, nuancé, et contradictoire sur ce pays. Ceci en gardant naturellement à l’esprit les crises politiques et sociales que traverse l’Iran. Sans pour autant présenter des images des manifestations et de la violence étatique en République islamique. En Iran même, la série Haut Bas Fragile a d’ailleurs été réalisée en 2015-17.


Comme à son habitude, l’artiste fait dialoguer divers esthétiques et sources: instantanés du paysage urbain en construction ou en friche, collage et vidéo. Pour échafauder des micro-histoires autour de ses habitants et la mémoire même de l’artiste qui les refigure.


Indices


A Therangeles, la femme d’images réunit plusieurs indices de la présence perse: enseignes de magasins et commerces tel le «French bistro», Soleil. Perdue dans l’image, une jeune femme s’engage sur un passage piéton à l’intersection de Wilkins Avenue et Westwood Boulevard qui désigne le Persian Square. Outre les pochettes de cassettes qui s’affichent telle une mosaïque colorée pastel, on repère des pages d’annuaires avec annonces de coiffeur.


Il se dégage de ce travail vaporeux le paradoxe d’une culture iranienne ne pouvant être complètement vécue dans l’exil aux Etats-Unis, encore moins dans un Iran imposant notamment le voile et des formes traditionnelles étrangères à la pop culture. L’accrochage fait ainsi alterner Street Photography à la Paul Graham en grands formats: échoppes, cinémas et commerces iraniens, mais aussi portraits en pied d’une Iranienne en pleine rue banlieusarde de la Cité des Anges en musardant par de petits tirages de fête d’anniversaire notamment.


Survivances


Ces deux séries semblent parfois difficiles à articuler avec l’imagerie d’une République islamique alliée de la Syrie et de la Russie, régime autoritaire ultra-répressif et sanglant. Plus d’une année écoulée depuis le meurtre de Mahsa Jina Amini par la police des mœurs en septembre 2022. Le bilan des droits humains est effroyable, près de 1000 personnes tuées lors de manifestations ou exécutés. Plus de 22’000 emprisonnées, torturées et une centaine en attente d’exécutions.


Evoquant le quartier de Therangeles, l’artiste écrit toutefois: «Soleil of Persian Square ne désigne pas seulement un voyage de l’espace réel à celui de l’imaginaire, mais aussi un mode de vie et une façon de penser, incarnés dans la culture populaire. Cette culture, qui se positionne aujourd’hui en opposition aux valeurs morales de l’actuel régime iranien, et que les intellectuels laïques critiquent pour son côté low culture (culture basse), a pourtant survécu – notamment à travers la musique pop de Tehrangeles.» Côté survie, on ne peut pas en dire autant des centaines de milliers de victimes du régime des mollahs au pouvoir depuis 40 ans.


Bertrand Tappolet

You’re so Tehran!, CPG, Genève. Jusqu’au 19 novembre.



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