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Danser avec l’ombre

Le chorégraphe Guilherme Bothelo renoue avec l’invisible du mouvement de la vie à travers les âges.


 GuilhermeBothelo Contre-mondes
Un univers fragmenté de formes primitive. "Contre-mondes" de Guilherme Bothelo


Contre-mondes  Bothelo
Une forêt primitive. "Contre-mondes" de G. Bothelo


Comment se construire une vérité qui reviendrait au corps archaïque suggérant la mécanique du vivant en lutte pour son surgissement depuis l’obscurité ? Voilà ce qu’explore Guilherme Bothelo dans Contre-mondes avec sa Compagnie Alias. L’artiste convie ainsi le public à se retirer dans l’énigmatique de la subjectivité, de l’invisible et de l’inconscient.


Voir moins, mieux voir

Sous les nappes électro signées du mexicain Murcoff, le spectacle débute de manière inhabituelle. Muni d’une petite lunette infrarouge servant à observer les animaux nocturnes, chaque regardeur affronte une obscurité emplie de présences fantomatiques, surgies du fond des âges. Les formes corporelles flottent ainsi dans une vision noir-blanc.


Ensuite, retour au clair-obscur sans lunette. Le temps se met alors en apesanteur. Les corps des danseurs évoluent en positions inversées. On voit affleurer, ici jambes repliées, pieds, bras, mains. Là, se dessine un dos plissé de ses vertèbres et convulsions musculaires. L’ensemble des danseurs se dresse puis tourne comme pris dans un mouvement de ressac ou de moulin avec roue à aubes.


Doucement sidéré par tant d’étrangeté anatomique, le spectateur est non plus voyeur mais confident. Tour à tour, les huit danseurs sortent de la mémoire des chimères qui se ressemblent. Elles évoquent à la fois des végétaux, des pierres, voire des totems. Dans d’un dos féminin, on croit reconnaître un visage parlant ou le masque mouvant du serial killer de Scream. Plus loin, des jambes dressées vers le ciel se rejoignent en losanges, improbables vulves ou portes ouvertes vers un au-delà.


Odyssée de l’espèce

Aux frontières du visible, une troisième partie voit vibrer et se mouvoir une immense sphère-géode métallique. Matrice, œuf, vaisseau spatial, refuge sanctuaire ? Un « contre-monde », surement, à la fois primitif et futuriste. La comparaison avec le mystérieux monolithe du film 2001. L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick s’impose.

La sphère qui vibre est une survivance et une annonce énigmatique. Pour une fin voulue ouverte entre désespérance solitaire et élan vers l’inconnu. Ou l’éternelle persistance de la vie nue sous ses formes multiples.


Bertrand Tappolet


Autre article

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