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Etats de conscience photographique

Dernière mise à jour : 28 juil. 2023

Les Rencontres arlésiennes de la photographie jouent d’effets de réalités et de conscience chez des photographes et cinéastes.

"La Nuit tombe", photo de la série "L'Oeil cacophonique" inspirée de l'univers dada et de Facebook. Aurore Valade
Wim Wenders. "L'Ami américain lui-même". Avec l'autorisation de l'artiste / Wim Wenders Fondation



"Epoca" extraite de la série "L'or gris". Aurore Valade
Saul Leiter. "Sans titre". Avec l’aimable autorisation de la Saul Leiter Foundation

Foisonnante, la rétrospective consacrée au Palais de L’Archevêché au photographe étasunien historique Saul Leiter (1919-2013) souvent éclipsé par des compatriotes et maîtres de la couleur dans la Street Photography (William Eggleston et Stephen Shore), rappelle son parcours artistique initié dans la peinture. Avant de se tourner vers la photographie au début des années 1940.


L’homme d’images privilégie couleur, texture et composition prenant souvent le pas sur le sujet lui-même. En 150 tirages et peintures exposés modulant angles, surfaces et fragments, l’exposition invite à une balade erratique dans les rues de la Grosse Pomme. Ses images excellent à jouer des reflets les vitrines, favorisant ainsi couches et textures multiples.


A la marge


Entre empathie avec ses modèles et quête d’une autonomie dans l’Amérique des années 60, Diane Arbus fut minée par des troubles mentaux et la dépression avant de se suicider en 1971. Elle avait 48 ans et une œuvre échafaudée comme un projet d’anthropologie contemporaine. Visible en 450 tirages, son œuvre le voit se tourner dès les années 50 vers la photographie de rue documentant les groupes sociaux marginaux de New York.


Elle recourt à des cadrages parfois serrés pour mettre en évidence les détails de ses sujets souvent marginalisés ou peu conventionnels pour les années 50-60: personnes à handicaps physiques ou mentaux, nains, transgenres, travestis ou drag queens.


Tableaux photo


Aux murs de la white Box de la Mécanique Générale, les compositions fascinantes et troublantes, somatiques, de Gregory Crewdson né en 1962 à Brooklyn. Pour trois séries réalisées entre 2012 et 2022, des êtres contemplatifs comme anesthésiés et méditatifs sont fichés au cœur de panoramiques gelant le mouvement mais possiblement pas la vie.


Produites grâce à une équipe technique, ces œuvres quasi picturales traduisent parfois le cauchemar inconscient d’un pays en crise et de vies fracturées, blessées par les accidents de la vie ainsi qu’éternisés dans leur attente par l’arrêt et le gel de l’image.


Faisant parfois poser sous des lumières multiples et picturales des acteurs.trices connu.es ou sa compagne et collaboratrice artistique Juliette Hiam, le photographe laissent les situations énigmatiques. Elles découvrent des êtres en attente peut-être d’une rédemption et travaillés par la plus haute des solitudes.


Espérance ou désillusion pré voire postapocalyptique, nul ne sait. Sa démarche reconduit une puissante théâtralité à l’œuvre chez Lynch, Spielberg ou Hitchcock. Fils d'un psychanalyste, le photographe se serait adonné dans sa jeunesse à imaginer des scénarios macabres et funèbres. Pour s’émanciper de l’ennui collant aux basques de son adolescence.


Avec sa série Fireflies, c’est la campagne du Massachussetts qui est plongée dans l’obscurité. La nuit est piquée des lumières phosphorescentes de lucioles ou plutôt de leurs traces. Un travail intuitif, aléatoire, quasi inconscient et mené en solitaire qui contraste avec le reste de son œuvre très architecturé.


Images fixes et cinéma


L’Ami américain est un polar sur fond de fin de vie pour l’un de ses protagonistes campé par Bruno Ganz. Le film est hanté par la morbidité, ses clairs-obscurs poisseux, la scénographie portuaire d’Hambourg. Son auteur, Wim Wenders, nous conte la naissance de sa réalisation. Ceci à travers ses polaroïds révélant les phases d'un tournage mises en dialogue avec ses deux acteurs phares que sont Dennis Hopper et Bruno Ganz.


Journal de bord visuel, le polaroïd fut une passion pour le cinéaste allemand qui en tira plusieurs milliers au cours de sa carrière comme des instantanés temporels permettant la contemplation et le creusement du regard. Ils les utilisaient pour des repérages et le scénario. L’accrochage est volontairement sobre avec entre autres deux écrans passant en boucle la scène où le personnage campé par l’acteur américain invente le selfie avec son polaroïd sur une table de billard.


A la fin des années 1940, la cinéaste et photographe Agnès Varda séjourne à Sète après y avoir passé la période de l’Occupation. Elle immortalise la vie locale du quartier populaire de la Pointe Courte, anticipant son film La Pointe Courte monté notamment par Alain Resnais et souvent dépeint en premier jalon de la Nouvelle Vague. Dévoilées au Cloître Saint-Trophime, quelques-unes de ses 800 photographies témoignent comme au fil d’un repérage de ce qui est antérieur au long métrage. L’artiste en a tiré des cadrages, scènes, ambiances et plans fixes pour son film.


Bertrand Tappolet


Rencontres de la photographie. Arles, Jusqu’au 24 septembre.




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