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Les portraits puzzle de Cindy Sherman

Cindy Sherman redéfinit l'art du portrait avec l’IA pour assembler des morceaux de son visage. Grotesque et interrogateur.


"La Nuit tombe", photo de la série "L'Oeil cacophonique" inspirée de l'univers dada et de Facebook. Aurore Valade


"Epoca" extraite de la série "L'or gris". Aurore Valade

Méditant sur son propre vieillissement physionomique et partant celui de ses portraits caméléon, la photographe conceptuelle américaine créée ainsi des œuvres rappelant les expérimentations des avant-gardes russes, le cubisme, le dadaïsme et le surréalisme. 


Visages changeants


Plein cadre, les avatars générés avec l’assistance de l’IA ressemblent à des puzzles modulant de multiples imperfections. Ici un œil fait mine de chuter, là un regard louche.


Ces figures grimaçantes évoquant de loin en loin de surréalistes masques de carnaval, peuvent se révéler aussi troublantes qu’effrayantes. «Il est difficile de dire la vérité, car il n’y en a qu’une, mais elle est vivante, et a pour conséquent un visage changeant», avance Franz Kafka.


Altérations


Ces mosaïques sont animées de grimaces et expressions de sidération voire de traits troublés comme le ferait une soufflerie dans un cartoon expérimental. De fait, ces portraits composites, à la fois grotesques, repoussants et captivants, suggèrent une déconstruction et une reconstruction de l'identité humaine.


 Ce double mouvement évoque de loin en loin la démarche d’un Picasso dans la quête d'exprimer une variété d'émotions et d'états intérieurs à travers des formes abstraites. Les modifications rappellent aussi l'usage de prothèses dans les séries antérieures de l’Américaine. Que l’on songe à History Portraits (1988) ou Masks (1990), mettant au jour les dimensions grotesques, voire monstrueuses, de l'humanité et ouvrant sur l'illusion.


Les portraits altérés par Cindy Sherman transcendent la simple représentation pour plonger dans l'exploration de thèmes tels que la souffrance, la passion et le conflit, reflétant la complexité de l'expérience humaine. Ces déformations rappellent les controverses autour des œuvres de Picasso, critiquées pour leur manque de respect et leur potentiel de déshumanisation, notamment dans la représentation féminine.


Répétition et variation


La photographe est connue pour son exploration profonde de la représentation féminine et de l'identité à travers des photographies performatives. Cette série questionne aussi l’identité visagiste à l’ère des réseaux sociaux prompts à lisser et sublimer l’esthétique et la plastique des trombinnettes avec force retouches et filtres. À travers ces visages, l’artiste continue de questionner, la manière dont les femmes sont perçues et représentées dans l'art, les médias et la société.


À la manière d’un Picasso jouant de l’abstraction des formes, l’artiste américaine combine habilement la photographie noir et blanc et couleur, ainsi que d'autres techniques de transformation, pour créer des portraits qui, malgré leur apparence novatrice, portent la marque de l'artiste en explorant les frontières entre l'identité et l'artifice.


Surréalisme facial


Les compositions jouent de la répétition de fragments de visage suscitant une réaction partagée entre l’étonnement et la perplexité. L'absence de contexte et la focalisation sur le visage isolent le sujet, créant des images qui, bien qu'expressives, peuvent laisser le spectateur rechercher un lien plus profond.


Déjouant tout procédé de reconnaissance faciale très en vogue pour la télésurveillance, le geste artistique met en exergue les défis, les accidents de l’IA toujours plus présente dans le champ de l’art contemporain.


Bertrand Tappolet


Photos : Cindy Sherman, Cindy Sherman, Untitled #627, 2010-2023; Untitled #631, 2010-2023;Untitled-659-2023-©-Cindy Courtesy the artist and Hauser & Wirth-





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